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February 20, 2009

Nous y sommes !

Filed under: Uncategorized — kaletfwlch @ 10:36 am

par Fred Vargas
Nous y voilà, nous y sommes. Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes.
Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance.
Nous avons chanté, dansé.
Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine.
Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés.
On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.
Franchement on s’est marrés.
Franchement on a bien profité.
Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.
Certes.
Mais nous y sommes. A la Troisième Révolution. Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie. « On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.
Oui. On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.
C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.
La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau.
Son ultimatum est clair et sans pitié :
- Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse). Sauvez-moi, ou crevez avec moi.
Evidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux.
D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance.
Peine perdue. Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais.
Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, ˆ attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille ˆ récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés).
S’efforcer.
Réfléchir, même.
Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.
Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.
Pas d’échappatoire, allons-y.
Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.
Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible.
A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie ˆune autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être.
A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.
A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

Fred Vargas, Archéologue et écrivain


February 18, 2009

Le 9 février 1934

Filed under: Uncategorized — kaletfwlch @ 1:24 pm

« Après le 6 février 1934, c’est le 9 février. Après la violente poussée du 6 contre la Chambre, menée par des milliers d’anciens combattants et de jeunes hommes en rage contre un système frauduleux qui étouffe la France et que le Front populaire, de nouveau abusé par les politiciens, ne sait ni ne peut abolir –le 9, c’est la levée du prolétariat le plus ardent et le plus sincère.

Ce prolétariat, le 9, n’est pas encore manÅ“uvré par Moscou, et il va au combat, sans souci de tactique, contre son ennemi de toujours et qui est aussi celui de tous les honnêtes gens en France, le grand capitalisme masqué par la politique (de gauche ou de droite). Le 9, la poussée du prolétariat est authentique et spontanée. »

Pierre Drieu La Rochelle

February 16, 2009

Crise dans l’église

Filed under: Uncategorized — kaletfwlch @ 6:54 am
Avec le recul, il est utile de revenir sur la crise qui a secoué l’Église catholique, avec le décret levant l’excommunication des quatre évêques lefebvristes, au moment où l’un d’eux, Mgr Williamson, tenait des propos négationnistes. La position du pape a été clarifiée depuis et ne laisse aucun doute sur le fait que la réintégration de Mgr Williamson ne pourra se faire tant qu’il maintiendra ses positions. Or, il ne semble pas disposé à bouger. 

Ce n’est pas le seul résultat de la « faute » - comme l’a dit le cardinal Schönborn, réputé proche de Benoit XVI - commise au Vatican. La mobilisation de l’opinion publique catholique, jusqu’à l’intervention déterminée - une première - de la chancelière allemande, Angela Merkel, démocrate-chrétienne, a déplacé les lignes. On a vu, en effet, fait rarissime, des évêques, notamment français, dire publiquement leur désaccord. Certains y ont mis les formes, ménageant le pape ; d’autres, notamment les cardinaux autrichien Schönborn et allemand Lehman, ont été plus directs.

À Rome, le cardinal Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, a sévèrement mis en cause le fonctionnement de la Curie. Non seulement ces évêques s’étonnaient vigoureusement du fait que le pape n’ait pas été informé des opinions de Mgr Williamson, ni du double langage des responsables de la fraternité Saint-Pie X à l’égard du Concile Vatican II, mais aussi ils condamnaient à mots à peine couverts le cavalier seul de Mgr Castrillon Hoyos, en charge du dossier à Rome.

Si les évêques, généralement peu enclins à exprimer des différends sur la place publique, sont montés au créneau, c’est aussi parce qu’ils ont senti le « sens commun » du peuple chrétien, et pensé que celui-ci n’avait pas tort.

Fait marquant : c’est la « collégialité », principe de gouvernement de l’Église proclamé fortement par Vatican II et refusé par Mgr Lefebvre, qui s’est imposée. Parce que les évêques ont eu le courage de la vouloir, et d’une certaine façon de la faire entendre, alors qu’elle avait été mise à mal, ignorée par le pape et bafouée par une partie de la Curie.

Sur un tel dossier, l’Église de France s’était trouvée mise sur la touche et, plus d’une fois, placée devant le fait accompli. Jusqu’alors, l’Épiscopat avait surtout tendu le dos et demandé aux fidèles de faire contre mauvaise fortune bon coeur. Mais certains des évêques français, et non des moindres, s’en désolaient en privé, en pensant à ce dossier comme à d’autres. Il n’en ira plus de même, car un seuil a été franchi.

Une inhibition a été levée : les évêques ont su dire publiquement qu’ils voulaient avoir voix au chapitre sur les questions essentielles, et le pape pourra difficilement l’ignorer. L’histoire récente de l’Église montre que celle-ci a toujours souffert des orientations prises hors de la collégialité. L’exemple majeur est celui de l’encyclique Humanae Vitae (1968) sur le mariage et la régulation des naissances, écrite à rebours des conclusions des travaux des évêques sur le sujet. Elle a suscité une incompréhension majeure dans le peuple chrétien et au-delà, et laissé l’impression que l’Église s’enfermait dans un dogmatisme coupé des réalités humaines.

Autrement dit, près d’un demi-siècle après Vatican II, l’Église fait encore l’apprentissage de ce qu’elle proclamait alors : le fait que son autorité repose sur la communion des évêques, pape compris. Ce qui vient de se passer le rappelle avec force.

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