À Mayotte, un centre de rétention indigne

Une image de la vidéo sur le centre de rétention de Mayotte, diffusée hier sur Liberation.fr. : DR
Des images diffusées sur Internet ont confirmé, hier, la situation scandaleuse de l’accueil des sans-papiers sur l’île française. Mais le problème est insoluble.
Derrière une grille, des corps entassés de femmes, de mères et de bébés. Derrière une autre grille, d’autres corps, d’hommes, pareillement enchevêtrés. « Une honte française », tel pourrait être le titre de la vidéo sur le centre de rétention de Mayotte, diffusée hier sur Liberation.fr.
Il y avait 202 personnes lorsque ces images ont été tournées, en octobre, alors que le centre est prévu pour soixante. Ce qui n’est pas rare: on en compte parfois jusqu’à 220, indiquait, en avril, la Commission nationale de déontologie de la sécurité, dans un rapport au vitriol.
Référendum le 29 mars
La Commission stigmatisait ce centre de Pamandzi, aux « bâtiments vétustes, de type Algeco », avec leurs pièces sans lit, leurs « quatre douches et six WC communs aux hommes et aux femmes, dans un état pitoyable ». Bref, un « centre indigne de la République ». Il est question de rebâtir ce centre depuis… 1999! Hier, Yves Jégo, secrétaire d’État à l’Outre-mer, a assuré qu’un nouveau centre de 140 places serait construit et « ouvert en 2010 ».
Mais 140 places, c’est déjà insuffisant. 16 000 Comoriens sont désormais refoulés chaque année, de Mayotte (27 000 en métropole). Ils étaient 4 000, en 2002.
Quand la France a accepté, en 1976, lors du référendum d’indépendance des Comores, que Mayotte reste française et se sépare des autres, elle est tombée dans un piège. L’attrait de Mayotte, avec sa maternité aux 7 500 accouchements par an (record d’Europe), ne cesse de croître, malgré les naufrages des kwassas-kwassas, les bateaux des passeurs,et les disparus par centaines. La moitié des quelque 200 000 habitants ont moins de 20 ans; un quart, dit-on, sont des clandestins. Mayotte, c’est une France de bidonvilles et d’enfants errants. Explosif.
La sortie de la vidéo accusatrice tient-elle du hasard? Les élus UMP, qui ont gagné les récentes régionales en défendant la départementalisation (synonyme d’introduction du RMI dans l’île), ont été reçus, mardi, par Nicolas Sarkozy. Le référendum faisant de Mayotte un département aura lieu le 29 mars.
Le RMI, l’Allocation de parent isolé et l’Allocation de solidarité spécifique seront mis en place à partir de 2012, au quart de leur niveau de métropole. Avant de progresser sur 20-25 ans. Les autres Comoriens préparent des barques. La France aurait peut-être mieux fait d’aider les quatre îles à progresser ensemble…
Michel ROUGER.
